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le Mot du Président

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’UFAR 2017 : PATRICK DARRICARRERE PASSE LA BÉCHIGUE

Aujourd’hui est pour moi la dernière opportunité de vous livrer ce que je retiens de cette tranche de vie que fut ma participation à l’UFAR.

Loin de moi l’idée de faire un inventaire à la Prévert de ce qui fut une réussite ou un échec. Chacun se fera son idée.

La fonction demande de la modestie sur les objectifs souvent trop ambitieux, et comme bien souvent la vérité se trouve dans le compromis.

Se compromettre est connoté négativement dans le langage quotidien, alors qu’à mes yeux le compromis est souvent une victoire de l’intelligence, le fruit de la rencontre d’ avis divergents , d’intérêts, de cultures que tout oppose et qui par un travail commun se rencontrent et partagent une idée, un processus, trouvent un chemin pour finir par une solution pragmatique qui permettra au final de progresser fusse à petits pas.

Comme tout groupe humain, ce que rappelle avec beaucoup d’intelligence NOAH HARRIRI, l’UFAR s’est créée sur un mythe : le mythe d’une amitié forte acquise au fil de la pratique du jeu de rugby, animé par quelques inconditionnels fédérés par Jean Jacques DURAND et dont certains « père fondateur » sont encore parmi nous je salue François MAIRE et Jean Jacques BURGUIERE, infatigables missionnaires de ce mythe fondateur.

Mes prédécesseurs, Max et André ont eu à cœur de prolonger l’idée initiale et votre serviteur a été élu il y a 10 ans à cette fonction.

Lapin m’est témoin, je ne souhaitais pas devenir président de l’UFAR tant la tâche me paraissait éloignée de mes aspirations personnelles. Un concours de circonstance a provoqué mon élection et surtout le soutien de fidèles amis que je remercie pour leur confiance. Qu’ils soient ici cités, Jean Baptiste pour entre autre l’organisation des Festivals et son amitié sans faille, Max pour la gestion irréprochable de notre modeste trésorerie et de nos statistiques, Toy et Tino qui ont su faire évoluer notre site web et donner un parfum de modernité à notre communication, Jacques et ses « gardes du corps » (ils se reconnaitrons) pour la boutique, Maurice, Alain Hugues qui succéda à notre ami Bernard CAHON trop tôt disparu, Louis le catalan pas indépendant celui-la, Alain le stéphanois, Jean Jacques le rigoureux sur les garanties d’assurance, François le gardien du temple, Valéry not gars de Ch’nord, Francis le bourguignon jamais sans flacons, Guy le landais égaré à l’est, Francis le compagnon solide du lyonnais, Jean Bernard adepte de la romeria, et je m’arrête là tant j’aurais de noms à citer, tant j’ai eu plaisir à faire un bout de route en votre compagnie.

Mais il ne faut pas faire le match de trop et l’époque demande des qualités dont je ne me sens ni pourvu ni envieux.

Qu’il me soit permis d’évoquer quelques sentiments personnels : après tout c’est mon discours et j’y met bien ce que je veux.

L’époque change et vite ! C’est un lieu commun que de le dire, et notre univers du rugby n’y échappe pas. Chacun est témoin devant son écran de l’évolution de notre jeu, COUBERTIN disait plus vite plus haut plus fort…nous sommes tout à fait dans cette logique implacable , les budgets : plus hauts, les enjeux plus forts…mais soyons lucides, nous arriverons vite a une incompatibilité entre « principe de précaution » et pratique du rugby qui génère autant de traumatismes crâniens qu’on nomme, il est vrai hypocritement et par refus de nommer les choses, protocole commotion…signe de l’époque aussi de refuser de nommer les choses en face. Personnellement je m’émeus de constater que nos école de rugby ont perdu 16.000 jeunes…les parents s’effraient à juste titre de la violence de notre sport. Les stades se vident… Il parait loin ou Stade Français Toulouse faisait 82000 spectateurs à St Denis : aujourd’hui il peine à remplir Jean Bouin. Alors on imagine organiser une coupe du monde en 2023, cache misère pour recréer espère-ton du dynamisme et des licences.

Vous me direz que je m’éloigne de nos préoccupations : je ne crois pas. Que constatons-nous, dans des terres réputées « ovales »… ? Des Clubs de série et des équipes loisir qui disparaissent, une participation à la baisse dans nos festivals, un intérêt limité à notre assemblée. Certes les raisons peuvent être multiples, mais nous risquons un jour de dire comme Confucius « les arbres ne vont pas jusqu’au ciel ».

L’hédonisme qui prévaut chez les plus jeunes : le moins de contraintes possibles, les sports « video », le « fun » dans la glisse etc…

Les grands clubs en faisant venir des joueurs étrangers pour le spectacle ne permettent plus de récupérer des anciens. Même les Clubs amateurs sont soumis aux cadences infernales des entrainements et séances de muscu qui font que les joueurs sont « vidés » après 35 ans.

Alors me direz-vous, ces joueurs-là n’étaient pas le gros de nos troupes, certes, mais en lançant la licence Loisir sans nous concerter, la FFR a sciée la branche sur laquelle nous étions. Car quel joueur vétéran peu aguerri a envie de rencontrer sur le pré des joueurs de 20 son cadet ? Aberration fédérale et mépris à notre endroit.

Alors pour se donner bonne conscience, la fédération imagine des règles de pratique loisir de plus en plus encadrées au prétexte d’améliorer la sécurité des joueurs : comme si c’était nos pratiques qui présentaient un danger. Ce fut d’abord l’accès à la licence, toujours sans concertation avec l’UFAR, avec un durcissement des conditions de délivrance et dont nous avons obtenu un assouplissement lors de la mise en place de 1ère année. Aujourd’hui c’est l’arbitrage qui est remis en question, toujours sans concertation avec l’UFAR et au mépris des réalités du terrain : Il est vrai que pour la FFR, c’est à l’UFAR de se plier aux règles de la FFR et non le contraire ! (propos de Monsieur DULLIN à votre serviteur le 6 octobre dernier).Il va même jusqu’à nous encourager à des pratiques alternatives, rugby à toucher, rugby à 5… Certes, mais pour autant, pourquoi faire de l’UFAR un interlocuteur au niveau du Tire VIII des règlements généraux, et ne jamais nous consulter pour les modifications de règlement. Alors oui je réitère ce que j’avais dit à la FFR (ancienne équipe) vous nous tenez dans le mépris…J’ai naïvement cru à l’AG de PESSAC avec la venue du vice-président de l’époque que les choses évolueraient…las on connait la suite !!!

Je crains qu’un jour la pratique de notre sport ne soit plus en adéquation avec la recherche permanente du « zéro risque ». Une nation qui inscrit dans sa constitution le principe de précaution renonce à toute ambition. Christophe COLOMB aurait-il découvert les Amériques quand plus d’un million de marins périrent en mer au fil des siècles avant d’y parvenir, COOK aurait-il navigué jusqu’à découvrir l’Australie…Les médias cultivent le tragique à travers les accidents. Les attentats par exemple et bien sûr il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur des victimes directes et proches pour lesquels je compatis sincèrement, mais les crises d’asthmes font 1.000 morts par an France et les accidents de la route 8.000 morts. On commence à s’émouvoir de l’état de santé des champions du monde Sud-Africain, FRANCE 2 dénonce les accidents de rugby dans le 20h !!!! Mais nous modeste joueurs « loisir » qu’on nous laisse notre pratique d’un jeu aux règles adaptées et qu’on cesse de nous contraindre jusqu’à l’infantilisation.

La nouvelle équipe a du pain sur la planche et je ne crois pas aux recettes du passé pour bâtir l’avenir. Ce monde n’est pas celui dans lequel j’ai trouvé du plaisir : mieux vaut maintenant pour moi, au mieux, rester dans la tribune.

Patrick Darricarrère
Président de l’UFAR 2007/2017